dernier ajustement
25 février 2006
organe du parti
communiste international
IL PROGRAMMA COMUNISTA
Redazione: Casella Postale 962
20101 Milano
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Les banlieues en flammes de Paris proclament haut et fort la nécessité du parti révolutionnaire

page première

 

Ce que nous écrivions en 1977 à propos des troubles qui avaient éclaté lors d'une nuit d'été à New York à la suite d'un black-out énergétique[1] s’applique parfaitement à ce qui est arrivé entre la fin octobre et ces premiers jours de novembre dans les banlieues de Paris. Des communautés entières de la ceinture prolétarienne sont descendues dans les rues pour protester contre le énième épisode de brutalité policière, soir après soir des automobiles ont été livrées aux flammes et les symboles les plus en vue de l’oppression de classe et de l’inégalité sociale – des commissariats aux banques – ont été attaqués. Dans les derniers temps, la température sociale n’avait pas cessé de monter, dans une France qui fin septembre avait déjà connu la dure lutte des travailleurs de la SNCM et des ports de Bastia et de Marseille, que plusieurs des parties en présences se sont empressées de canaliser dans les limites, parfaitement acceptables par le capital, d’une « revendication nationaliste ». A présent, la colère des jeunes prolétaires des banlieues, exploités, ghettoïsés, étranglés par une économie toujours plus en crise, persécutés par une police réputée pour son impitoyable dureté et son cynisme obtus, a explosé avec soudaineté et de manière irrésistible, traduisant une fois de plus le malaise sans cesse plus profond qui couve au sein de la société du capital, la violence qui suinte de tous ses pores, son incapacité totale et organique à résoudre ne serait-ce qu’un seul des problèmes qu’elle génère. C’est tout un mode de production qui démontre dans les faits sa banqueroute et que les jeunes prolétaires de ces banlieues sordides et étouffantes ont mis au banc des accusés de manière instinctive et directe, par leur colère et leur révolte.
Mais – écrivions-nous alors et répétons-nous aujourd’hui – il ne suffit pas de dire cela, ni de se sentir instinctivement du côté des exploités qui se révoltent. Il faut avoir la lucidité d’aller encore plus loin, et donc de dire que de telles flambées – très importantes en ce qu’elles constituent un symptôme de la fièvre qui monte dans la société capitaliste et des limites d’endurance au-delà desquelles on ne peut aller - éclatent et éclateront toujours plus fréquemment, mais que, abandonnées à elles-mêmes, elles sont destinées à passer sans laisser de trace (si ce n’est, hélas, quelques morts supplémentaires de prolétaires), à refluer dans la frustration ou – pire encore – à être canalisées dans les impasses d’une rébellion anarchique trouvant en elle-même sa propre fin ou encore du fondamentalisme ethnique ou religieux, deux issues négatrices de toute perspective révolutionnaire de classe.
C’est pourquoi les communistes doivent affirmer avec force que les rebelles des banlieues sont des prolétaires, en prenant le contre-pied de toutes les manœuvres en cours pour les présenter simplement comme des « immigrés » ou comme des membres de tel ou tel groupe ethnique, national ou religieux. Mais ils doivent aussi réaffirmer que ces prolétaires ne se transforment pas automatiquement en « avant-gardes de classe », par le simple fait qu’ils se révoltent contre l’oppression sociale ou policière.  Ce qui manque pour cela – et il s’agit du plus dramatique des manques – c’est le parti révolutionnaire, à savoir cet organe et cet instrument qui seul est en mesure, après avoir mené un long travail au contact de la classe ouvrière et avoir donc été reconnu par elle  comme un guide réel et fiable, d’accueillir l’aspiration qui vient d’en bas, de rassembler l’énergie de la colère qui se dégage des profondeurs d’une société pourrie et en putréfaction, et de la diriger contre la véritable citadelle du pouvoir capitaliste, l’Etat – afin de s’en emparer et de le briser pour édifier sur ses décombres sa propre dictature comme voie de passage vers une société qui sera enfin libérée des classes sociales. Le Parti révolutionnaire, en présence de luttes de classe toujours plus généralisées et d’affrontements toujours plus aigus et violents avec toutes les forces qui voudraient brider ou réprimer la volonté de lutte du prolétariat, est le seul maillon qui peut relier le mouvement prolétaire et la réponse spontanée que ce dernier peut avancer aussi bien sur  le terrain économique que sur le terrain social, en une lutte politique de classe ayant pour objectif  l’insurrection et la prise du pouvoir. Telle est la seule voie qui, avec la maturité des conditions objectives et subjectives (parmi lesquelles – ne l’oublions pas, en dépit de tout volontarisme – il faut compter l’incapacité de la classe bourgeoise à faire face à la crise sociale), pourra permettre aux prolétaires de sortir des impasses et des ghettos où ils vivent quotidiennement, même quand ils se révoltent avec virulence.
Les banlieues en flammes, aujourd’hui à Paris et demain ailleurs, doivent constituer pour les communistes une énième exhortation à consacrer le meilleur de leurs forces et de leur passion, de leur courage et de leur détermination, à renforcer, étendre, enraciner le parti révolutionnaire mondial, qui est le seul guide possible qui permettra au prolétariat de tirer tous les enseignements des flambées de luttes isolées, pour pouvoir les diriger demain victorieusement dans la voie de la bataille pour une nouvelle société sans classes.

[1] Voir "Dalla grande notte di New York, tre verità semplici per il proletariato", Il programma comunista, n.15/1977.