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Ce que nous écrivions en 1977 à
propos des troubles qui avaient éclaté lors
d'une nuit d'été à New York à
la suite d'un black-out énergétique[1]
s’applique parfaitement à ce qui est arrivé
entre la fin octobre et ces premiers jours de novembre dans
les banlieues
de Paris. Des communautés entières de la ceinture prolétarienne
sont descendues dans les rues pour protester contre le énième
épisode de brutalité policière, soir après soir des automobiles
ont été livrées aux flammes et les symboles les plus en vue
de l’oppression de classe et de l’inégalité sociale – des
commissariats aux banques – ont été attaqués. Dans les derniers
temps, la température sociale n’avait pas cessé de monter,
dans une France qui fin septembre avait déjà connu la dure
lutte des travailleurs de la SNCM
et des ports de Bastia et de Marseille, que plusieurs des
parties en présences se sont empressées de canaliser dans
les limites, parfaitement acceptables par le capital, d’une
« revendication nationaliste ». A présent, la colère
des jeunes prolétaires des banlieues, exploités, ghettoïsés,
étranglés par une économie toujours plus en crise, persécutés
par une police réputée pour son impitoyable dureté et son
cynisme obtus, a explosé avec soudaineté et de manière irrésistible,
traduisant une fois de plus le malaise sans cesse plus
profond qui couve au sein de la société du capital, la
violence qui suinte de tous ses pores, son incapacité
totale et organique à résoudre ne serait-ce qu’un seul
des problèmes qu’elle génère. C’est tout un mode de production
qui démontre dans les faits sa banqueroute et que les jeunes
prolétaires de ces banlieues sordides et étouffantes ont mis
au banc des accusés de manière instinctive et directe, par
leur colère et leur révolte.
Mais – écrivions-nous alors et répétons-nous
aujourd’hui – il ne suffit pas de dire cela, ni de se sentir
instinctivement du côté des exploités qui se révoltent. Il
faut avoir la lucidité d’aller encore plus loin, et donc de
dire que de telles flambées – très importantes en ce qu’elles
constituent un symptôme de la fièvre qui monte dans la société
capitaliste et des limites d’endurance au-delà desquelles
on ne peut aller - éclatent et éclateront toujours plus fréquemment,
mais que, abandonnées à elles-mêmes, elles sont destinées
à passer sans laisser de trace (si ce n’est, hélas, quelques
morts supplémentaires de prolétaires), à refluer dans la frustration
ou – pire encore – à être canalisées dans les impasses d’une
rébellion anarchique trouvant en elle-même sa propre fin ou
encore du fondamentalisme ethnique ou religieux, deux issues
négatrices de toute perspective révolutionnaire de classe.
C’est pourquoi les communistes doivent
affirmer avec force que les rebelles des banlieues sont des prolétaires,
en prenant le contre-pied de toutes les manœuvres en cours
pour les présenter simplement comme des « immigrés »
ou comme des membres de tel ou tel groupe ethnique, national
ou religieux. Mais ils doivent aussi réaffirmer que ces prolétaires
ne se transforment pas automatiquement en « avant-gardes
de classe », par le simple fait qu’ils se révoltent contre
l’oppression sociale ou policière.
Ce qui manque pour cela – et il s’agit du plus dramatique
des manques – c’est le parti révolutionnaire, à savoir cet
organe et cet instrument qui seul est en mesure, après avoir
mené un long travail au contact de la classe ouvrière
et avoir donc été reconnu par elle comme un guide réel et fiable, d’accueillir
l’aspiration qui vient d’en bas, de rassembler l’énergie de
la colère qui se dégage des profondeurs d’une société pourrie
et en putréfaction, et de la diriger contre la véritable
citadelle du pouvoir capitaliste, l’Etat – afin de s’en emparer
et de le briser pour édifier sur ses décombres sa propre dictature
comme voie de passage vers une société qui sera enfin
libérée des classes sociales. Le Parti révolutionnaire, en
présence de luttes de classe toujours plus généralisées et
d’affrontements toujours plus aigus et violents avec toutes
les forces qui voudraient brider ou réprimer la volonté de
lutte du prolétariat, est le seul maillon qui peut relier
le mouvement prolétaire et la réponse spontanée que ce dernier
peut avancer aussi bien sur le terrain économique que sur le terrain social,
en une lutte politique de classe ayant pour objectif l’insurrection et la prise du pouvoir. Telle
est la seule voie qui, avec la maturité des conditions objectives
et subjectives (parmi lesquelles – ne l’oublions pas, en dépit
de tout volontarisme – il faut compter l’incapacité de la
classe bourgeoise à faire face à la crise sociale), pourra
permettre aux prolétaires de sortir des impasses et des ghettos
où ils vivent quotidiennement, même quand ils se révoltent
avec virulence.
Les banlieues
en flammes, aujourd’hui à Paris et demain ailleurs,
doivent constituer pour les communistes une énième exhortation
à consacrer le meilleur de leurs forces et de leur passion,
de leur courage et de leur détermination, à renforcer,
étendre, enraciner le parti révolutionnaire mondial, qui est
le seul guide possible qui permettra au prolétariat de tirer
tous les enseignements des flambées de luttes isolées, pour
pouvoir les diriger demain victorieusement dans la voie de
la bataille pour une nouvelle société sans classes.
[1] Voir "Dalla
grande notte di New York, tre verità semplici per il
proletariato", Il programma comunista, n.15/1977.
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